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Workaway : 1 mois inoubliable dans un ranch en Mongolie

Workaway : 1 mois inoubliable dans un ranch en Mongolie

J+6 à Anak Ranch, je suis tellement exténuée, qu’écrire quelques lignes est devenu un vrai calvaire. Mes jambes, mes bras, mes épaules, mes doigts me font mal… Le manque d’hygiène, l’eau de la rivière, la nourriture locale, la quantité de travail physique, les piqûres de moustiques, le froid et les horaires décalés ont eu raison de moi… J’ai absolument besoin d’un jour de repos si je veux survivre dans de telles conditions…

Extrait du journal de bord d’Aline

Les deux aventuriers en herbe que nous étions voulaient absolument expérimenter la vie en Mongolie et c’est donc tout naturellement que nous avons accepté de passer un mois dans un ranch, prévenus des conditions difficiles de travail.

L’annonce sur workaway était plus qu’alléchante :

Ranch propriétaire d’une centaine de bétails (chevaux, vaches, moutons et chèvres), proche d’une rivière, hébergés dans une yourte et qui nous offrait la possibilité de chevaucher les steppes sauvages.

anak ranch workaway mongolie

Le ranch se situe à Orkhon, dans le nord de la Mongolie, proche de la Sibérie, où la saison chaude dure 4 mois et l’hiver couvre le reste de l’année. Les températures peuvent avoisiner jusqu’à -40°, mais nous n’étions pas fous au point de commencer par ces conditions extrêmes.

Première semaine, un défi physique

Nous sommes arrivés mi-août où Martin propriétaire des lieux est venu nous chercher en pick-up. Nous avons eu le droit à un accueil glacial, le peu d’échange que nous avons entamé ont été soldés par des réponses froides et courtes.

L’ambiance est rapidement donnée, nos sacs à peine posés, nous sommes réquisitionnés pour cueillir des légumes. L’organisation mongole se dévoile à nos yeux : on repasse 3 fois au même endroit, chacun regarde de son côté et repasse sur les mêmes parcelles, on trie puis on remélange après une ultime cueillette. Nous ne serons pas seuls, un couple d’allemand est là depuis une quinzaine de jour.

Les règles de bases sont simples :

  • pas de drogues
  • pas de cigarettes
  • pas le droit de monter au premier étage où vivent nos hôtes : Martin et sa femme Minjee
  • 1 jour de repos pour 7 jours de travail
  • « Ma maison, mes règles, si tu ne les aimes pas, tu t’en vas » affiché sur les murs de la cuisine

Le premier diner sera un échange incompréhensible en anglais et de mauvaises blagues de la part de notre hôte. Tout le monde se couchera tôt, mais nous aurons du mal à trouver le sommeil.

La traite du matin

aline traite vache ranch workaway mongolie

5h30 debout, Martin nous conduit pour la première fois vers le bétail, 15 min à sauter à l’arrière du camion, sur une route chaotique remplie de nid de poule plus gros les uns que les autres. La vue est à couper le souffle, malgré le froid et les rebondissements, le lever de soleil sur les montages et la steppe mongole est une pure merveille, peu importe le travail à accomplir, ces quelques minutes sont déjà précieuses.

 

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Ramasser la bouse de vache devient le travail matinal quotidien. Un travail qui peut paraître inapproprié, mais pourtant plus que nécessaire dans les steppes mongoles. Ici la merde séchée sert de combustible pour le feu, d’isolant pour les yourtes l’hiver et de répulsifs anti-insectes.

Pendant ce temps, nous observons la danse qui se joue sous nos yeux. Les veaux enfermés dans un enclos la nuit, sont relâchés un par un, afin de rejoindre leur mère, pour permettrent la montée de lait et la traite. Ici c’est fait à l’ancienne, à la main, les veaux sont attachés, les mamans sont traites et les petits relâchés. Les gestes des deux femmes mongoles (la « Milk lady » comme on l’appellera et Minjee, notre hôte) qui travaillent ce matin sont précis, robustes et efficaces. Il ne suffira que de trente à quarante minutes, pour récolter tout le lait et partir le vendre aux abords du village le plus proche.

Nous avons à peine le temps de comprendre comment se déroule cette tâche matinale que dès notre troisième jour, nous sommes réquisitionnés pour la réaliser avec Minjee. La femme qui s’en occupe habituellement est partie en congés. Logés dans une yourte perdue au milieu de la steppe, Guillaume se réveille toutes les 2h pour s’assurer que les vaches sont toujours à leur place.

Ici les bêtes sont libres, c’est l’homme qui s’adapte à leurs déplacements. La nuit c’est la responsable des vaches qui s’assure qu’elle ne s’éloigne pas de la yourte. La journée, c’est Dash, le horseman, qui monte sur le toit tous les matins pour repérer ses bêtes à la longue vue. Ses tâches principales consistent à réunir les vaches qui s’éloignent, à attraper les bêtes au lasso pour les soigner, à seller nos montures et à tuer les bêtes lorsque c’est nécessaire …)

horseman-dash-cherche-les-chevaux

Mais revenons à notre troisième journée, il est trois heures du matin, où les yeux lourds de sommeil, nous cherchons tant bien que mal à nous situer dans le noir alors que Minjee est capable de repérer et reconnaitre ses vaches à plusieurs mètres aux alentours …

C’est là que le calvaire a commencé, il a plu toute la nuit, le sol est boueux, je tente de comprendre l’anglais de Minjee qui me crie des ordres et tente de reproduire les gestes que j’ai à peine vu les deux matins précédents : laisser sortir un bébé de l’enclos, le suivre pour retrouver sa mère, le laisser téter, puis avec le peu de force que j’ai, l’arracher à sa mère pour l’attacher à un arbre et le traire à la main … À ce moment-là, je me sens ridicule, j’entends le rythme rapide et régulier du lait qui tombe dans le seau remplie de Minjee, je mets du temps à comprendre le bon geste, mais finalement le lait sort et c’est ma première victoire. C’est la tête baissée que je ramène mon seau, un quart rempli après d’ultimes efforts. Heureusement Chocho est là et prend la relève dès que je m’épuise. En Mongolie, c’est un travail de femme, mais il faut tenir la cadence et finir tôt. 60 vaches à traire et la vente du lait n’attend pas … Une cadence à garder jusqu’à 7h-8h du matin.

Nous réitérerons l’expérience 3 jours d’affilés, avec l’aide de 2 jeunes filles, Zahia (la fille de Martin, 12 ans) et Hourna (la fille de Halima (la cuisinière et belle-soeur de Minjee), 7 ans). Nous avons vécu notre premier orage sous une yourte, notre première journée seule dans la steppe à ramasser, couper du bois, faire du feu et nos premiers khuushuur (sorte de pain frit).

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Une expérience éprouvante dont nous gardons des souvenirs mémorables. Elle dura jusqu’à ce qu’épuisée, je chute dans la merde et que je verse mes premières larmes de fatigue. Ce jour-là, je mettrai mes dernières forces à pousser le camion qui s’est embourbé, pour aller vendre le lait. Il est temps de prendre du repos.

La maintenance du ranch

Le travail ne manque pas et les avertissements d’un travail difficile s’avèrent réalistes.

À 10h, une fois la traite finie et le petit-déjeuner passé, nous enchaînons sur le reste des travaux quotidien jusqu’à 17h voire 21h parfois. Sans oublier une pause de 1h30 après le repas.

Minjee a toujours des tâches à nous donner. Guillaume se blessera un pouce dès le premier jour en attrapant les moutons pour les marquer de peinture bleue et les différencier. Les barrières ont régulièrement besoin d’être refaites, les chevaux semi-sauvages se battent, s’amusent et explosent les enclos.

La pire tâche que nous ayons réalisé a été de couper l’herbe de deux prés entier à la main, sous la chaleur. Mes pauvres doigts en ont bien souffert…

Les autres tâches : laver les barils de lait tous les matins, peindre l’étable qui m’a laissé des traces indélébiles sur mon nouveau pantalon, cueillir les baies sous la pluie, laver les vitres et le sol pour le voir sali quelques heures plus tard, ramasser les légumes pour les repas, nettoyer le camion et la voiture, faire du feu, faire la vaisselle, nettoyer des bocaux pour préparer les conserves pour l’hiver…

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L’eau est précieuse

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Les jours d’été au ranch sont rythmés par des tâches basiques mais primordiales.

L’eau, nécessaire à tout : laver, manger et boire doit être pompée au quotidien, à la main. Des bidons de 35 litres sont ramenés sur une petite carriole, puis portés à la force des bras. Les deux cuisines sont réapprovisionnées plusieurs fois par jour, la douche composée d’un gros bidon sur un des toits est remplie plusieurs fois par semaine.

Une vie coupée du monde

Si vous arrivez au ranch sans forfait téléphonique et avec un niveau en mongol proche de zéro, les connexions en dehors du monde seront alors très limitées. La connexion Internet est lente et n’est accessible que depuis le bureau de Martin. Autant vous dire qu’il a fallu un bon moment pour accéder au fameux ordinateur.

Une addiction qui nous explose en pleine figure. J’ai beaucoup de mal à être coupé de mes amis, mais surtout de ma famille. Dans des moments où la fatigue physique et l’inconfort du quotidien me dépasse, ne pas pouvoir les joindre m’est très difficile. Martin nous propose une expérience à part entière et vivre sans Internet fait partie du challenge.

L’habitude devient notre meilleure amie et nos hôtes aussi

Après une bonne semaine de travail, les réveils difficiles à 5h30 ne sont plus que de mauvais souvenirs

Le travail est devenu une habitude, nous sommes maintenant levés les premiers à attendre Martin. Nos corps commencent à s’habituer aux tâches quotidiennes et nos nuits sont bénéfiques. Nous avons rarement aussi bien dormi qu’après une journée bien physique.

Les bons moments dépassent maintenant la fatigue physique et la dose de travail.

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Nos jours de repos deviennent des jours où nous savourons pleinement du soleil, des grasses matinées, d’une randonnée sur la montagne la plus proche et des promenades seuls à cheval dans les steppes. Si vous avez l’occasion d’arpenter les steppes à cheval, méfiez vous des chiens des yourtes sur votre chemin, nous nous sommes faits courser jusqu’à ce que mon cheval se fasse mordre la queue. Mais apparemment rien d’inquiétant, quand nous l’avons raconté à Minjee, elle a bien ri.

Nos yourtes deviennent notre chez nous. Nos sacs se vident et nos affaires prennent leurs places.

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Les petits-déjeuners sont des moments de délices : les fromages de Minjee disparaissent tous, aussi vite les uns que les autres. La confiture se fait rare, le thé mongol (composé de thé noir, de lait et de sel) se fait voler la vedette par du lait chaud fraichement trait du matin. Mon anglais s’améliore, je commence à comprendre les blagues et à pouvoir y répondre.

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Nous avons maintenant quelques minutes d’Internet sans avoir à les mendier. Quelques nouvelles de mes parents finissent par me rendre complètement heureuse.

La préparation de l’hiver devient un leitmotiv. Nous lavons des bocaux plusieurs fois par semaine, nous préparons des salades dans d’énormes plats, nous cuisons, stérilisons, remplissons, goûtons et rangeons des dizaines de bocaux. J’ai l’impression de faire partie de ce monde, je sais que ces conserves ne sont pas pour moi, mais pourtant je les fais comme si j’en aurai besoin dans quelques mois.

La découverte de nos hôtes

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Nous commençons à découvrir nos hôtes, Martin, d’origine germanique a vécu plusieurs années en Australie où il travaillait en tant qu’avocat. Il a rencontré par ce biais Minjee en envoyant des mails pour trouver une assistante. Il est alors tombé amoureux et s’est installé en Mongolie. Le grand gaillard froid et dur qui m’impressionnait par ses grands airs est devenu un homme touchant et attachant avec qui j’aime passer du temps et partager des moments de fous rires. Guillaume est souvent avec lui, il semble maintenant nous faire confiance. Minjee, le vrai chef du ranch, est toujours difficile à cerner, mais elle a aussi commencé à nous adopter.

Comme à la maison

Après plus d’une quinzaine de jours, nous avons une nouvelle maison. Nous avons cédé notre yourte à un couple de touriste et avons récupéré la yourte avec un lit double : un petit détail qui fait toute la différence. J’accomplis mon travail de femme en ouvrant et fermant le toit régulièrement.

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En un mois, nous avons vu la chute impressionnante des températures, les nuits sont vraiment froides maintenant et nous avons réussi à convaincre Martin pour récupérer un poêle. Il a fallu que je grimpe sur le toit pour installer la cheminée sans prendre le risque d’enflammer la yourte qui pourrait disparaitre en fumée en l’espace de dix minutes.

Une fois le poêle dans la yourte, nous avons eu le plaisir d’accueillir toute la petite famille (Minjee, Halima et parfois même les employés) autour du feu pour préparer le diner. Une fois qu’un poêle est allumé, on ne s’amuse pas à refaire un feu, on profite de l’existant. Ici on ne gaspille rien, on récupère tout.

Nous sommes maintenant à l’aise avec le fonctionnement du ranch, Halima joue avec nous, Minjee nous confie des tâches et ne semble plus vérifier tous nos faits et gestes. Nous apprendrons qu’elle ne croyait pas en nous et qu’ils avaient pariés que nous ne resterions pas plus d’une semaine. Pari plus que perdu !

C’est à cette période là, qu’un bébé chien débarque dans nos vies, une petite chienne surement chassée par les voisins qui adopte Guillaume en quelques secondes mais qui, de part son sexe, ne fait le bonheur de personne. Je fais tellement les yeux doux que Minjee nous demande de nous en occuper. Elle est adorable et déjà propre, mais elle a peur de tout. Un chien en Mongolie doit être un mâle et doit absolument avoir une utilité. C’est donc avec pleins de doutes sur son avenir, que nous prenons soin de notre « baby girl » comme nous l’avons surnommé. Trois mois après, nous avons appris qu’elle a été rebaptisée Aline. Nous espérons surtout qu’elle résiste au dur froid de l’hiver et que les futurs volontaires continuent à prendre soin d’elle.

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Nous avons eu le plaisir de croiser des gens adorables comme Brenno et Anna avec leur petite fille Liv, ils voyagent pour les études de Brenno. Nous avons vu des volontaires arrivés et repartir, nous sommes maintenant les anciens à qui on demande comment ça fonctionne. Quand un volontaire se présente à Minjee, on entend : « Demande à Aline ». Guillaume est invité à visiter la propriété et j’ai même le droit  de jeter un coup d’oeil à la chambre interdite du premièr étage.

J’aime être isolée, j’aime la nature et le côté ancien qui rythme notre vie, j’aime la folie qui règne ici, j’aime l’eau de source et le lait du matin, j’aime savoir que la viande que je mange provient des animaux qui sont traités naturellement et qui gambadent à leur rythme, j’aime savoir qu’on ne les tue que pour une raison particulière, j’aime le sourire et la bonne humeur des Mongols, j’aime pouvoir prendre un cheval et partir seule lorsque j’ai le temps, j’aime la simplicité de notre maison et j’aime le côté chaleureux qui règne dans les parties communes, j’aime cette communauté familiale et j’aime la relation que nous avons construite avec Martin et Minjee.

Alors oui, il y a d’autres côtés que j’apprécie beaucoup moins : la dose de travail est épuisante, l’hygiène reste à désirer, la logique mongole est parfois décousue, les animaux sont traités étrangement et la nourriture est peu variée mais finalement ces côtés sont minimes comparés au bonheur que j’ai d’expérimenter cette vie là. C’est une certitude que je ne pourrai pas la vivre jusqu’à mes vieux jours, mais je sais que nous y étions bien. Cela rend notre départ très/trop difficile…

On nous a proposé de rester, on a même hésité, on a repoussé pour finalement prendre la décision de partir après de grandes embrassades.

 

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En tapant cet article plusieurs mois après, j’ai encore cette sensation que cet endroit m’appelle et je reste avec cette promesse qu’on s’est faite à nous-même d’y retourner un jour.

 

3 commentaires

  • Répondre
    29 octobre 2015

    Belle expérience! En lisant le début, je pensais que le travail trop physique et le manque de communication avec les hôtes vous auraient fait fuir, mais vous avez tenu bon, chapeau (je sais pas si j’aurais pu ^^). Comment avez-vous trouvé la Mongolie dans son ensemble? Il parait que la culture mongole est assez difficile à comprendre.
    Eleonore Plus d’un Tour dans mon Sac Articles récents…Les conseils d’une expatriée pour bien voyager en IslandeMy Profile

  • Répondre
    23 février 2017

    Salut !
    J’ai des frissons en lisant votre article. Vous avez eu du courage d’y rester et en même temps ça a l’air d’avoir valu tellement le coup…!
    Nous allons en Mongolie en juin, peut être en workaway, peut être différemment mais ton expérience est très intéressante alors merci !

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