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Le transsibérien : un voyage à travers la Russie

Le transsibérien : un voyage à travers la Russie

72h de voyage, 5185 km, 92 arrêts et 5 fuseaux horaires.

Le départ et la panique

Lyubov notre hôte couchsurfing à moscouLyubov, notre hôte si généreuse nous accompagne jusqu’à la gare et nous fait gagner un temps précieux, même si le métro est bien le plus simple des transports en commun à comprendre, il n’en reste pas moins que le sens de circulation et les directions prennent du temps à être décrypter dans des signaux incompréhensibles, bien loin de notre bonne vieille langue française.
Nous arrivons donc 30 min à l’avance sur le quai de la gare, sous une chaleur étouffante, après avoir marché à une allure qui m’est difficilement supportable avec mes 13 kg sur le dos.
Lyubvov nous accompagne sur le quai, des centaines de personne s’accumulent devant les portes avec d’énormes bagages ainsi que des sacs et des cartons remplis de nourriture pour le voyage.

le transsiberien en gare de moscou
L’espace est réduit, 54 personnes par wagon. La chaleur est épouvantable, tout le monde dégouline de sueur et l’odeur imprègne déjà les wagons. C’est à ce moment précis que la panique me prend, ainsi qu’une haine symbolique pour Chocho : « rappelle moi pourquoi nous prenons le transsibérien déjà ? »
couloir de la 3eme classe dans le transsiberien

« Pourquoi prendre le transsibérien et surtout pourquoi en 3e classe ? »

Une idée qui peut sembler étrange aux locaux qui utilisent ce moyen de transport pour des raisons de budget et qui dès que les finances le leurs permettent sautent dans le premier avion. Prendre le transsibérien pour la découverte et le plaisir? Quel plaisir peut-on trouver à s’enfermer dans ces quelques mètres carrés, à moitié entassé, les uns sur les autres ?
Le transsibérien est un train mythique connu dans le monde entier, renfermant une façon de vivre à part entière, cela nous semblait donc une expérience unique.

N’est-ce pas ce qu’on recherche quand on part faire un tour du monde? Découvrir les habitudes de la population dans son quotidien ?

De plus, Guillaume rêvait de la Mongolie, cela faisait donc partie des pays incontournables sur notre trajet. Nous avions 2 possibilités pour arriver jusque là-bas. Faire un saut de puce pour atterrir directement à Pékin, ou alors prendre la solution la moins chère, la plus longue, mais aussi la plus enrichissante. Celle qui permet de s’acclimater au fur et à mesure, de voir changer les paysages, les cultures et les visages.
C’est donc avec ces idées en tête que nous arrivons sur le quai.

La découverte et la surprise

La chaleur est tellement insoutenable, que je me dis que ce voyage va être un vrai calvaire, c’est bien ce que nous avait confirmé nos hôtes russes… Pourtant, nous sommes dans le train prêt à partir. Nous prenons donc place sur nos couchettes, posons nos sacs en hauteur, regardons peu à peu monter nos
futurs compagnons de route, pendant ces 4 jours de voyage.
Nous n’entendons que du russe : ce voyage s’annonce définitivement comme un calvaire…

chocho dans le compartiment 3eme classe du trans siberienPuis peu à peu les choses changent, le train démarre doucement très doucement, dur à tirer tant de wagons chargés, les passagers s’installent patiemment, la nourriture d’un côté, les boissons de l’autre, la plupart troquent leurs vêtements de villes contre des tenues confortables, les tongs sont alors de rigueur. Dans le train se mêlent tous les âges, des plus jeunes aux plus âgées.
Le wagon se partage en plusieurs compartiments dotés de 6 couchettes chacun, ils sont séparés par de fines cloisons mais l’ensemble du wagon est ouvert.

Chaque compartiment ressemble à une maison aménagée. L’allée centrale nous rappelle la rue d’un petit village où l’on observe de façon éphémère la vie des habitants à travers les fenêtres.

Nos premiers échangent avec nos voisins commencent : ce périple ne s’annonce peut-être pas si mal que ça !

nos hotes rencontrés dans le transsiberien en 3e classeNous voyageons entouré de Tatiana, une soixantaine d’années et de Virginia, jeune maman d’une petite fille de 12 ans dont elle sera fière de nous montrer les photos quelques heures plus tard. Tatiana parlent quelques mots d’anglais, mais son bavardage est constant et nous permet d’échanger des banalités et de rire régulièrement. Je pense que nous avons rencontré la personne la plus bavarde du train, elle s’installe à toutes les couchettes, fait connaissance et subjugue même notre jeune Virginia qui semble plus timide. Tatiana est asthmatique et semble avoir des problèmes cardiaques, ce qui nous vaudra la montée d’un médecin dans le train pour s’occuper d’elle. Mais rien de grave. Le voyage peut continuer.

Les heures défilent doucement, notre 3e colocataire pleure depuis le départ du train… elle dormira quasiment pendant 2 jours, avant de commencer à tourner le regard vers les habitants de notre wagon et à initier quelques bavardages. Nous avons misé sur une rupture amoureuse: le téléphone qui insiste pendant plus d’une heure et auquel elle refuse de répondre nous mettra la puce à l’oreille. Notre dernier colocataire, est un jeune homme qui passe la plupart de son temps dans le compartiment voisin avec 2 autres jeunes de son âge. Ils passent la plupart de leur temps à nous fixer avec insistance. Nous évitons leurs regards, ils finiront bien par se lasser.

aline dans la couchette du haut transsiberienLe bruit du train sur les rails nous berce doucement et la première nuit passe, je ne sais déjà plus quel jour nous sommes et l’heure qu’il est. Je me repère à la nuit qui tombe, à l’heure de Moscou affichée dans toutes les gares alors qu’on change de fuseaux horaires et parfois aux gens autour de nous.

Tout le monde commence à manger à des heures différées, chacun dort à son propre rythme et fait généralement la sieste, surement plus pour passer le temps que par un réel besoin de sommeil.

pause sport pendant un arrêt du transsiberienChaque arrêt est une bouffée d’air frais et le moyen de se dégourdir les jambes autrement qu’en se contorsionnant dans l’allée. Chacun profite de cet instant pour marcher, fumer acheter quelques fruits et boissons fraiches et parfois même pour faire un peu de sport (moi y compris, entraînée par notre amie Tatiana).

L’habituation et le quotidien

La vie suit son cours entre lecture, repas, thé, films et discussions. Chacun passe le temps à sa façon. Les échanges au départ timides et discrets commencent à prendre une autre ampleur.

Un petit village commence à se former dans le wagon n°10 070SA du transsibérien en direction de Tchita.

Nous apprenons à travers divers signes et en lisant entre les lignes d’un traducteur peu compétent que Tatiana n’a pas d’enfant, elle est institutrice de biologie et elle est devenue croyante après avoir survécu à une attaque de loups lors d’un voyage scolaire à la montagne avec 17 de ses élèves. Plus précisément elle est témoin de Jéhovah. À la retraite, elle parcourt la moitié du pays pour rendre visite à des amis.
Un des regards insistants appartient à un jeune militaire, il va passer ses vacances au lac Baïkal, il partagera quelques vidéos de saut en parachute avec Guillaume et lui fera comprendre qu’Alizée est super avec un pouce en l’air et un grand sourire, avant de reprendre sa place, limité par la barrière de la langue. Le 2ème s’appelle Yvan et il est papa d’une petite fille de 10 mois (soyez sûr qu’on ne l’aurait jamais imaginé). Le troisième plus distant restera un pur inconnu à nos yeux. Nous finirons par déduire qu’ils ne nous observent que pour passer le temps. Notre femme au coeur brisé fini par se réveiller et partager quelques mots avec notre bavarde Tatiana.

les pâtes lyophilisées dans le transsibérienLes pâtes lyophilisées remplacent les Tupperware de nourriture fraiche, les achats dans les gares se font de plus en plus nombreux.
Tatarskaia, un arrêt comme tous les autres mais une odeur qui embaume tout le quai : celui du poisson séché vendu à l’arraché par des femmes d’un certain âge. J’observe nos lointains voisins décortiquer et dépiauter leurs achats de la mer : met local dont l’odeur imprègnera notre wagon jusqu’à l’arrêt final.
La plupart des repas sont partagés, les regards, les sourires ainsi que les jeux le sont tout autant et notre petit village s’agrandit de jour en jour. Je fais la connaissance de nos voisines de pallier, qui étonnamment sont des baroudeurs en herbe, comment ne pas les avoir remarqué avant? Nous n’avons plus le monopole des étrangers dans notre wagon. Yasmine, jeune étudiante de Corée du sud a décidé de dépenser sa bourse obtenue de ses excellentes notes dans un voyage 3 mois en Europe/Russie/Mongolie/Chine. Elle est accompagnée de deux de ses amies. 
Pourquoi voyage-t-elle? Car c’est un moyen pour elle de trouver le bonheur, mais il semble que ce ne soit pas si simple et que finalement ce nouveau voyage lui permettra peut-être de comprendre quel est le but réel d’un voyage.

Nous voyons nos deux chefs de wagons qui se relaient à tour de rôle pour accueillir les nouveaux voyageurs, donner les draps, nettoyer le wagon, vendre quelques friandises, fermer et ouvrir les toilettes, signaler le départ du train à chaque arrêt. Tous deux blottis dans 2 cabines de 2m carrés chacune.
Dans certaines gares, un technicien passe sous chaque wagon pour taper au marteau certaines parties: « ting, tong, bling » : il semble vérifier l’état de notre train au son de la cuirasse.
Nous ne parlerons pas des deux seules toilettes sales et sordides d’un mètre carré environ où nous devons faire notre toilette, se changer et tout le reste. Mais nous sommes agréablement surpris de voir que tout le monde est respectueux et elles sont rarement occupées très longtemps.

Arrivée en gare de Taïga et premiers au revoir, Yvan et son ami quitte le navire, de nouveaux visages pointent le bout de leur nez, on observe des regards discrets et des gestes timides face à nos habitudes déjà bien rodées fort de ces 3 jours passés. Quelques échanges de photos : j’explique que nous faisons le tour du monde en 1 an par l’intermédiaire de notre carte et je montre ma famille en mixant des mots anglais et quelques mots russes. Notre « coeur brisé » se joint à nous pour l’attraction du moment.

Puis nous partageons un moment musical, Tatiana nous fait découvrir une comptine d’enfant. Nous jouons sur les mots et les prononciations de chaque langue, nous rions des intonations et des gestes de notre Tatiana. Un pur moment d’échange. 3 Mongols font partis du village et retournent dans leur pays natal : ils parlent un peu anglais, mais leur accent est à couper au couteau. Nous n’échangerons pas beaucoup plus.

Les au revoir et la tristesse

Le temps file finalement à tout allure et se décale, nous sommes maintenant à plus de 5h de différence avec la France et je m’étonne déjà de m’attrister de quitter ce nouveau logis et ces visages désormais amicaux avec qui on a partagé nos repas, nos souvenirs, des moments de rires, nos banquettes et nos nuits. Ville d’Angarsk, les au revoir se font dans un murmure d’anglais, un baiser et nous voyons maintenant la couchette vide de Tatiana. On se regarde avec Guillaume et on se comprend à demi-mot, les visages autour de nous sont maintenant devenus des inconnus, il n’est pas si facile de quitter ce cocon qu’on s’est créé pendant ces 4 jours. Le rapprochement physique aide à ouvrir les coeurs et les esprits. Je crois qu’on pouvait difficilement trouver mieux comme compagnons de route.

Malgré la barrière de la langue, ce calvaire de voyage est finalement devenu un moment intense de partage et de découverte.

C’est avec douceur et sourire que je repenserai à ces moments de vie.

La routine du voyage reprend maintenant son cour, la recherche de nouvelles auberges, de nouveaux itinéraires et de nouvelles rencontres continuent…

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