Faire un périple de 500km à vélo est une expérience à part entière, mais ce n’est pas la plus optimale pour rencontrer les locaux.
Pourtant Taïwan est un vrai coup de coeur ! Et notre passage à Luye n’y est pas pour rien.
Le monde parfait ?
Quelques jours de repos à Taipei ont été suffisant pour nous remettre de nos émotions et des kilomètres à vélo que nous avions dans les pattes.
Nous étions à peine arrivés chez nos nouveaux hôtes après 8h de train, qu’ils nous ont embarqués dans une soirée.
Après 3 mois passés à Luye, un bénévole anglais partait le jour suivant. Le héros de la soirée, ivre d’alcool et de joie, chantait et pleurait passant des uns aux autres les inondant d’amour. Il s’est approché de nous les yeux brillants et le sourire aux lèvres :
You will love this place, people here are amazing. They are like a family now. I want to come back as soon as possible. (Vous allez adorer cet endroit, les gens sont géniaux. Ils sont comme ma famille maintenant. Je veux revenir dès que possible).
Pour des raisons de papiers, il devait partir, mais c’était une certitude, il reviendrait.
Au milieu de cette euphorie, nous y avons aussi rencontré Robert, le créateur du premier Lonely Planet Taïwanais. Il est tombé amoureux de cette île et d’une de ses habitantes. Il souhaite y finir ses jours et il obtiendra ses papiers très prochainement.
Où étions-nous arrivés ? Tant de bonheur et de simplicité ressortaient de cette soirée. Était-ce vraiment ce qui nous attendait à Luye ?
Notre séjour nous a prouvé que oui.
Une vie exemplaire à la ferme
Ce petit coin de paradis se trouve dans le sud-est de Taïwan. Dans un petit village à une heure de route de Taitung, A-rong, sa femme et leurs deux garçons sont installés dans la maison de la grand-mère maternelle.
Le père avait un rêve : cultiver bio. Lors d’une soirée bien arrosé, il s’est confié :
Tout le monde me disait que c’était impossible, que ça ne marcherait pas et je leur ai prouvé que si
Ils racontent qu’à une époque, ils avaient beaucoup d’argent. Vers 20 ans, ils ont eu deux enfants, car c’était la logique des choses. Puis leurs choix ont évolué.
Maintenant, ils ne roulent plus sur l’or, mais leur vie modeste leur plait. La maman et ses deux fils sont adeptes d’une religion bouddhiste et vegans depuis plusieurs années. Le père n’adhère pas à cette philosophie mais respecte totalement leur mode de vie.
L’harmonie et le respect qui existent dans cette famille sont beaux à observer. Ils ne courent après rien si ce n’est la simplicité et la Nature.
Je gobe leurs paroles et me surprend à absorber leurs énergies.
Ils possèdent des plantations de thé et d’ananas et depuis peu des bananiers. Autour de Luye c’est le paysage classique, sauf que chez eux, tout est naturel et bio. C’est-à-dire qu’ils n’utilisent aucun produit chimique et aucun arrosage. Les plantes vivent avec la Nature : parfois la saison est bonne et parfois moins.
Suite à la rencontre d’une touriste, ils ont créé un bar et un magasin/épicerie de produits bio où les gens peuvent se poser et boire une tasse de thé. Les journées sont rythmées par les touristes taïwanais qui passent en coup de vent ou qui s’installent et discutent. Les deux propriétaires les accueillent toujours avec le sourire et beaucoup de plaisir.
Ils ont régulièrement des volontaires taïwanais et depuis peu Amine a initié l’arrivée d’étrangers. Après une expérience en Allemagne, il a vu le potentiel pratique et humain d’un tel échange et a convaincu ses parents qui ne parlent pourtant pas bien anglais, voire pas du tout pour son père.
C’est peut-être la seule note négative de notre séjour, de n’avoir pas pu communiquer directement et plus amplement avec les parents.
Une expérience riche en échange
Je pourrai passer des heures à vous raconter la simplicité et la joie de vivre qui ont bercé notre quotidien pendant notre séjour à Luye. Nous n’avons jamais eu une tâche aussi répétitive et désagréable que de désherber entre les ananas et pourtant le temps filait à tout allure.
Au milieu des montagnes et de bananiers, j’appréciais être ici.
Yuyu, Alice et Tiffany, trois filles de Taipei, ici pour le plaisir de la Nature, ont été de vrais vecteurs de leurs cultures. De véritables bavardes qui avaient toujours le sourire aux lèvres. Addict au sucre, elles nous ont fait découvrir le plaisir des chips de patate douce. Déjà que j’étais tombée amoureuse des patates douces japonaises, mais là, elles m’ont carrément attrapée dans leurs filets !
Au son de la musique ou de nos voix, nous prenions régulièrement des pauses où nous avions toujours quelque chose à nous raconter. Lorsque Yuyu passait du temps au café avec des clients, il n’était pas rare de la voir arriver avec un plateau, du thé, des fruits et des gâteaux.
Les journées passées au milieu des ananas se finissaient généralement dans le magasin, autour d’un thé et d’alcool fort où chacun se dévoilait sans mystère.

Amine adorait parler, du coup nous avons pu échanger à de nombreuses reprises sur leur mode de vie, sur le veganisme et sur ses choix professionnels. Il aime cette vie, il s’installera à la campagne plus tard mais il estime qu’il doit d’abord travailler en ville avant de se lancer.
Ils nous ont emmené à plusieurs reprises découvrir les alentours. Nous avons partagé une soirée pizza au feu de bois dans un petit village d’aborigène, aperçu la piste des montgolfières où se déroule chaque année le festival et nous avons accompagné la maman dans un marché local pour les courses du jour de l’an chinois.
Et le travail dans tout ça ?
Nous bossions de 8h à midi et de 14h à 17h avec des pauses régulières : une bonne journée de travail. Mais comme je vous le disais, nous ne les voyions rarement passées. Malheureusement, nous sommes arrivés à une période où le travail était monotone et pas franchement passionnant.
Nous avons désherbé pendant tout notre séjour, sauf une fois ou deux, où nous avons empaqueté les ananas.

À d’autres période de l’année, ils ramassent les ananas, les font sécher et font aussi du thé.
Nous aurions adoré rester et découvrir toutes les autres facettes de leur travail, mais peut-être que Taïwan plantait d’autres graines en nous :
Il faudra revenir les amis
Quand il pleuvait tout le monde rentraient. C’était repos forcé et même pour quelques gouttes, nous étions rapatriés à la maison.
En plus du travail quotidien, c’était régulièrement aux volontaires de faire à manger pour tout le monde. Nous ne sommes déjà pas très à l’aise lorsqu’il s’agit de cuisiner pour d’autres, mais lorsque nous nous sommes retrouvés avec des légumes inconnus à préparer pour des vegans, cela nous a semblé mission impossible.
Les filles se sont relayées à plusieurs reprises pour nous aider et nous avons appris dans la bonne humeur à cuisiner le tofu et les légumes asiatiques.

C’est dans cette ambiance sereine que j’ai pu me ressourcer, me questionner sur mon alimentation, lire, faire du yoga quotidiennement et repartir plus forte que jamais.
Je ne peux que vous conseiller d’aller à Taïwan pour toutes ses merveilles et encore plus d’aller aider cette famille pour l’unique plaisir de côtoyer leur vie.
Et vous, quelle est la dernière fois que vous avez ressenti ce sentiment de bonheur simple ?







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